Dans la pratique
L’implantation dans un programme
Élaboration du portfolio avec l’équipe programme
L’implantation d’un portfolio d’apprenant dans un programme demande d’abord et avant tout du temps. Dans un premier temps, l’équipe de professeurs doit prendre le temps de se questionner et d’échanger sur le but de l’utilisation du portfolio, choisir le ou les types de portfolio d’apprenant et le support désiré. L’élaboration du portfolio amène également des discussions relatives au contenu sous différents aspects.
Enfin, une des questions soulevées lors de l’implantation concerne celle de l’évaluation. Les critères d’évaluation utilisés doivent être établis par les professeurs du programme. Il est aussi important de faire connaître aux étudiants les critères retenus. La difficulté d’établir les critères réside dans la nature du matériel à évaluer. Comme le portfolio est constitué de documents, de réflexions et de commentaires, les critères d’évaluation sont plutôt qualitatifs. Voici quelques exemples de critères :
Une échelle ordinale (très satisfaisant, satisfaisant, peu satisfaisant) peut être utilisée pour graduer l’atteinte de chaque critère (Bélanger, 2003).
Utilisation du portfolio avec les étudiants
Prendre le temps de bien présenter le portfolio aux étudiants est un autre aspect à tenir compte. Pour que les étudiants puissent se l’approprier et y travailler régulièrement, ils doivent saisir le but poursuivi par le programme ou par le professeur et doivent prendre conscience qu’ils sont responsables de l’élaboration de leur portfolio. Si le but est mal compris, il y a risque que l’effort soit mis sur la présentation plutôt que sur l’analyse et la réflexion autour du processus d’apprentissage.
L’implantation du portfolio demande aussi du temps pour réfléchir et discuter. Les étudiants ont besoin de temps pour ce faire. L’un des objectifs du portfolio est de développer les capacités métacognitives de l’étudiant. Cela exige du temps en classe et hors classe. Qui dit réflexion, dit échange avec le professeur. Donc, des moments de discussion (ou de rétroaction) doivent être prévus et prédéterminés. Pour s’assurer d’une implantation réussie, un ou des cours porteurs doivent être désignés pour l’appropriation du portfolio par les étudiants à la première session et, par la suite, à chaque session, pour permettre les échanges avec le ou les professeurs (CEFES, 2005; Eyssautier-Bavay, 2004; Goupil, 1998).
D’autres utilisations du portfolio
Le portfolio d’apprenant peut devenir un portfolio professionnel lorsque l’étudiant du secteur technique entre sur le marché du travail. Un étudiant du secteur préuniversitaire peut poursuivre son portfolio à l’université. De plus en plus de facultés universitaires demandent d’ailleurs à leurs étudiants de se doter d’un portfolio. Dans la pratique, le portfolio d’apprenant peut également témoigner de la reconnaissance des acquis scolaires (travaux et expériences vécues) que l’étudiant considère significatifs et qui constituent une preuve de son cheminement et de ses compétences professionnelles.
Un exemple : l’activité d’intégration dans le programme des sciences humaines
L’activité d’intégration dans le programme des sciences humaines est inscrite au cursus scolaire de l’étudiant à sa dernière session collégiale. Ce programme est un programme préuniversitaire et, par conséquent, ne comporte pas de stages comme certains programmes techniques. La compétence de l’activité d’intégration s’énonce ainsi : Démontrer l’intégration personnelle d’apprentissages du programme. Lors de cette activité, l’étudiant effectue un bilan de ses apprentissages acquis lors de son passage dans ce programme. Ensuite, l’activité d’intégration demande de transférer ses apprentissages à l’intérieur d’un projet et, finalement, de porter une réflexion métacognitive sur sa démarche. Cette activité permet à l’élève de jeter un regard sur son cheminement scolaire et professionnel. L’utilisation du portfolio répond bien à cette activité d’intégration.
De par sa définition, le portfolio est un outil de collecte des travaux les plus significatifs pour l’apprenant. La composante bilan des apprentissages se retrouve à la fois dans le portfolio d’apprentissage et dans le portfolio de présentation. Ces deux types de portfolio servent aussi à la composante transfert des apprentissages lors d’une nouvelle activité cognitive. Enfin, la métacognition, troisième composante de l’intégration est étroitement reliée à la constitution du portfolio. Chaque document retenu par l’apprenant pour être inséré dans le portfolio doit être justifié.
Le portfolio électronique en sciences humaines au Cégep de Sherbrooke
Le portfolio électronique conçu pour le programme de sciences humaines au Cégep de Sherbrooke englobe les trois types de portfolio de l’apprenant : d’apprentissage, de présentation et d’évaluation. Au départ, le but poursuivi par l’utilisation du portfolio était de permettre à l’étudiant d’effectuer plus facilement et d’une manière plus significative son bilan des acquis dans le cadre de l’activité d’intégration. Le portfolio de présentation et d’évaluation a donc été expérimenté dans le cours porteur de cette activité depuis trois ans par plusieurs professeurs qui se sont portés volontaires.
L’implantation du portfolio d’apprentissage est plus récente et se fait à petits pas. Le Cégep de Sherbrooke compte une clientèle nombreuse dans ce programme. Par exemple, à l’automne 2005, ce sont 19 groupes de première session, plus de 45 professeurs de la formation spécifique qui sont répartis dans quatre profils. Une première expérimentation a été faite auprès d’un profil (Réalités internationales) à l’automne 2004. À la session automne 2005, ce sont deux profils (Réalités internationales et Administration) qui ont été retenus.
Présentement, la constitution du portfolio est sous la responsabilité de l’élève. Le rôle de l’étudiant est de compléter son portfolio au fur et à mesure des sessions. Le rôle des professeurs est de rappeler fréquemment aux étudiants de compléter leur portfolio. Au besoin, un professeur peut le regarder et émettre un commentaire formatif. À la suite de l’évaluation du programme, des ajustements sont susceptibles d’être amenés concernant l’implication du professeur pour assurer un meilleur suivi auprès des étudiants et de leur portfolio. Le professeur qui a la responsabilité de l’activité d’intégration et opte pour l’utilisation du portfolio a pour rôle d’évaluer le portfolio de présentation et la démarche métacognitive qui l’accompagne.
La figure ci-dessous présente les sections du portfolio.
Dans le portfolio apprentissage (la section Mes apprentissages), l’étudiant dépose ses différentes réalisations (travaux Word ou Excel, présentations multimédias, etc.) au fur et à mesure de chaque session. L’étudiant remplit une fiche métacognitive lors du dépôt de chaque réalisation. Cette fiche l’amène à être conscient des connaissances apprises, mais aussi à gérer ses processus mentaux (planification, contrôle, régulation). Il peut prendre conscience de certaines lacunes et tenter d’y remédier.
Le portfolio de présentation (la section Mes bilans) est conçu de telle manière que l’étudiant peut le remplir, idéalement, après chaque session ou attendre à sa dernière session collégiale. Chaque bilan de session comporte quatre parties.
Le portfolio de présentation contribue aux bilans de compétence, à la gestion d’une carrière (scolaire) et au développement professionnel.
La section Mes réflexions répond à trois moments critiques de la vie d’un cégépien. Jusqu’à maintenant, cette section a été laissée à la discrétion des étudiants. Les quelques commentaires recueillis auprès des étudiants sont en général positifs.
Le portfolio d’évaluation prend l’allure d’un essai métacognitif dont le contenu s’alimente des réflexions faites par l’étudiant dans la section Mes bilans et aussi parfois, la section Mes réflexions. Les critères d’évaluation sont qualitatifs : contenu complet, clair, univoque, document attaché, cohérence entre document retenu et réflexion.
En bref, le portfolio électronique assure à l’étudiant une meilleure réussite scolaire, le guide dans sa démarche d’orientation et le familiarise avec cet outil avant son entrée universitaire.
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réponse à un questionnement
Merci aux commentaires de Yves R. Morin et de Jacques Lecavalier. Je suis contente d'avoir des témoignages de l'utilisation du portfolio d'apprentissage à l'intérieur d'un cours et non d'un programme. J'étais à m'interroger sur son utilisation pour le cours que je donnerai à l'automne soit Méthodes quantitatives en Sciences humaines. Vos témoignages m'ont convaincue à son utilisation. À suivre en décembre ou janvier prochain.
Ginette Bousquet, enseignante, Cégep de Sherbrooke [2007-5-21]Bilan de DecClic en Français 101
J'ai utilisé le carnet de bord de DecClic I à l'automne 2006 et à l'hiver 2007 dans un groupe de français 101 (Écriture et littérature). Les étudiants y inscrivaient des notes sur les oeuvres littéraires en lecture. Je suivais la progression de chacun en indiquant, pour chaque poème ou scène, les éléments incompris. Au lieu d'un questionnaire de compréhension, qui arrête trop complètement la lecture de l'étudiant et qui lui fait perdre de vue la signification globale de l'oeuvre, les étudiants doivent exécuter toujours les mêmes stratégies. D'abord, indiquer qui fait quoi où et quand (mais pas pourquoi), puis relier le poème ou la scène à un thème. Au début de chaque cours (deux rencontres par semaines), j'arrive en sachant qui a fait quoi, avec quelles difficultés. En équipes, les étudiants comparent leurs notes et approfondissent avec mon aide leur compréhension de l'oeuvre. Les étudiants qui n'ont pas fait leur travail, après un avertissement, sont mutés dans une équipe de retardataires, au lieu de pouvoir rester avec leurs amis. Après deux semaines, tout le monde est à jour dans ses lectures, sans qu'il soit nécessaire d'imposer un contrôle de lecture. Les étudiants (de première session) qui ne sont pas habitués à faire leurs devoirs de lecture et de prise de notes acquièrent vite une discipline de travail (ou, plus rarement, quittent le cours). Ils parviennent peu à peu à interpréter l'oeuvre par eux-mêmes. Au moment de l'évaluation écrite, plus personne ne me demande "Qu'est-ce que tu veux que j'écrive?"
Jacques Lecavalier, Enseignant, Collège de Valleyfield [2007-5-20]Portfolio en commercialisation
J'utilise déjà le portfolio d’apprentissage dans mes cours et ce, depuis 3 ans. Après quelques tentatives, le format que j'utilise actuellement comprend des questions cognitives sur la matières et métacognitives sur le processus de travail et d'apprentissage. Ces questions précises me permettent de mieux guider l'apprenant dans la rédaction du cahier. J'utilise aussi ce cahier de façon sommative et il remplace l'évaluation traditionnelle de ''par coeur''. C'est un outil très efficace pour augmenter la motivation intrinsèque de l'apprenant et pour éliminer l'effet négatif de stress d'un examen de ''par coeur'', examen d'ailleurs que les étudiants trouvent inefficace puisque 7 jours après l'examen, l'apprenant moyen ne se souvient plus de ce qu'il a appris. Pour consulter un de mes cahiers pré-formaté ... allez sur le lien suivant : http://www.profweb.qc.ca/ymorin/cahier_apprentisage_version_2006_chapitre_2_en_str-35.doc
Yves R. Morin, Enseignant, Cégep Marie-Victorin [2007-4-13]Portfolio en Écriture et littérature
Je mettrai à l'essai la méthode du portfolio numérique (avec Dec-Clic) dans un cours de français Écriture et littérature à l'automne 2006. À suivre...
Jacques Lecavalier, Enseignant, Collège de Valleyfield [2006-7-02]portfolio de l'enseignant de fle
Merci beaucoup pour ce dossier qui me sera très utile: j'entreprends une recherche sur l'élaboration d'un portfolio pour les enseignants de français langue étrangère en formation continue dans un contexte culturel "européen".
anne-marie johnson, enseignante-formatrice, Institut Touraine [2006-6-18]Un véritable outil d'intégration
Bravo ! Voici enfin un véritable outil d'intrégration. J'ai trouvé votre dossier très intéressant et stimulant. J'ai l'intention de convaincre mes collègues de mettre en place un projet similaire à celui du Collège de Sherbrooke. Nous avons besoin d'un outil pour mettre en place un processus d'intégration qui commence avec la première session. Quelle belle idée stimulante que la vôtre.
Jean Poirier, Enseignant en histoire, Collège Shawinigan [2006-4-28]