État de la question
À la fin des années 80, les travaux de la psychologie cognitive ont provoqué un changement de paradigme. Nous passions alors d’un paradigme d’enseignement à un paradigme d’apprentissage. Ce changement mettait en évidence de nouvelles réalités éducatives : l’importance des connaissances antérieures dans la construction de nouveaux savoirs, l’interaction avec les pairs, des apprentissages significatifs, bien se connaître en tant qu’apprenant et être engagé dans son propre cheminement (UQTR, 2005).
Dorénavant, l’apprentissage était vu comme un processus actif. L’étudiant devient le maître de ses apprentissages et voit ses responsabilités s’accroître. Dans cette situation de participation active de l’étudiant, le professeur a pour fonction d’orienter et de soutenir l’apprentissage. L’évaluation fait partie intégrante de cette démarche. La fonction principale du professeur est alors d’aider l’étudiant dans son cheminement et de permettre d’ajuster ses interventions pédagogiques (MEQ, 2002).
Comment le professeur peut-il aider les étudiants? À se responsabiliser? À réfléchir sur leurs apprentissages? À bien se connaître? À intégrer les connaissances, habiletés et attitudes apprises? À mieux réussir? Dans le contexte de ce changement de paradigme, le portfolio est un des outils proposés pour répondre aux nouveaux besoins éducatifs.
Une définition
Le portfolio d’apprenant se définit comme une collection des réalisations de l’étudiant qui démontrent ses efforts, ses progrès et ses apprentissages et qui prend forme dans le temps (Goupil, 1998).
Le portfolio est un outil dynamique qui permet de suivre l’évolution de la progression d’un étudiant dans ses apprentissages. L’étudiant est l’acteur principal dans l’élaboration du portfolio. Les travaux sélectionnés sont accompagnés de commentaires de la part de l’étudiant sur ses réalisations et son cheminement. Cette activité métacognitive amène l’étudiant à bien se connaître, à s’auto-évaluer et à s’engager dans ses études. Le portfolio peut aussi contenir des commentaires et des réflexions des professeurs et autres professionnels de l’enseignement.
Le portfolio n’est pas seulement un projet de fin de session. C’est une méthode d’apprentissage qui facilite l’évaluation, puisqu’il permet au professeur d’avoir une vue globale des progrès de l’étudiant. Le portfolio peut témoigner de la réussite de l’étudiant (Amblard, 2004; Eyssautier-Bavay, 2004).
Un historique de l’utilisation du portfolio
Au début des années 90, les pédagogues américains et anglophones du Québec commencent à utiliser le portfolio en éducation. Le personnel enseignant francophone québécois s’y intéresse par la suite. En 2000, la réforme de l’éducation aux ordres d’enseignement primaire et secondaire au Québec, présente le portfolio « comme l’un des outils de consignation pour rendre compte du progrès de l’élève dans sa réussite scolaire » (MEQ, 2002, p. 5). Plus récemment, cet intérêt pour le portfolio s’est étendu aux pays européens comme la France, la Suisse et la Belgique. De plus en plus de professeurs l’intègrent à leurs pratiques pédagogiques.
Les types de portfolio pour l’apprenant
Il existe trois types de portfolios pour l’apprenant : le portfolio d’apprentissage, le portfolio de présentation et le portfolio d’évaluation.
Le portfolio d’apprentissage appelé aussi portfolio de progression a pour but de déposer régulièrement les différentes réalisations qui sont signifiantes pour l’étudiant. Il permet de suivre le cheminement de l’étudiant, d’aider l’étudiant à prendre conscience de ses apprentissages, d’apprendre à s’auto-évaluer. L’élève doit commenter les moyens mis en œuvre pour réaliser ses travaux.
Le portfolio de présentation demande à l’étudiant de sélectionner les meilleures réalisations et de justifier ses choix. L’étudiant apprend à porter un regard critique sur son travail. Il s’inscrit dans une démarche de connaissance de soi. Il identifie ses forces et ses faiblesses, ses motivations ainsi que ses centres d’intérêt au regard de ses objectifs d’apprentissages liés aux compétences à développer.
Le portfolio d’évaluation sert à démontrer la ou les compétences atteintes dans un programme ou exigées à l’entrée d’un programme. L’apprenant sait dès le départ qui évalue ses documents et sur quoi il est évalué (MEQ, 2002).
Les trois types sont combinables. Les portfolios sont habituellement employés pour une combinaison de différents buts et incluent des caractéristiques de chacun des portfolios ci-dessus (Van Tartijik et Driessen, 2005).
Les objectifs visés par l’utilisation d’un portfolio d’apprenant sont nombreux :
Les types de support
Le portfolio d’apprenant peut se présenter sur différents supports : papier, numérique ou hybride.
Le portfolio sur support papier nommé aussi portfolio traditionnel peut englober différents documents tels que des textes de l’étudiant, des photos, des cassettes audio ou vidéo. Ces documents peuvent être conservés dans un cartable, une chemise accordéon, un classeur à titre d’exemples.
Le portfolio sur support numérique est appelé portfolio électronique ou ePortfolio. Son contenu peut comprendre des documents électroniques (Word, Excel, etc.), des photos, des vidéos numériques, des enregistrements sonores ou des présentations multimédias. Ces documents peuvent être déposés sur CD, disque amovible, serveur, site web, I-Pod.
Quant au support hybride, il est une combinaison des deux supports précédents. On pourrait, par exemple, retrouver les réalisations de l’étudiant sur support papier et les réflexions et commentaires de l’étudiant et du professeur sur support électronique.
Des trois types de support, le portfolio électronique offre des avantages indéniables par rapport aux deux autres supports.
Le support électronique présente aussi des inconvénients. Une des premières difficultés a trait à la nature même du support, l’environnement informatique. L’accès à l’ordinateur, la fiabilité des réseaux, la disponibilité des ressources humaines et techniques, l’espace disque de rangement suffisant (si le portfolio est sur un serveur) et la compatibilité de formats de fichiers sont quelques exemples de considérations à tenir compte. Une autre difficulté concerne l’accès aux informations privées. Le portfolio contient certains travaux de l’étudiant, des réflexions de lui-même et du professeur, des évaluations, des jugements sur ses forces et ses faiblesses. Limiter le nombre de personnes à intervenir dans le portfolio de l’étudiant, utiliser un code d’accès obligatoire pour consulter ou modifier le portfolio de l’étudiant sont des moyens à envisager (Amblard, 2004; Eyssautier-Bavay, 2004; MEQ, 2002). Ginette Bousq
Merci aux commentaires de Yves R. Morin et de Jacques Lecavalier. Je suis contente d'avoir des témoignages de l'utilisation du portfolio d'apprentissage à l'intérieur d'un cours et non d'un programme. J'étais à m'interroger sur son utilisation pour le cours que je donnerai à l'automne soit Méthodes quantitatives en Sciences humaines. Vos témoignages m'ont convaincue à son utilisation. À suivre en décembre ou janvier prochain.
Ginette Bousquet, enseignante, Cégep de Sherbrooke [2007-5-21]J'ai utilisé le carnet de bord de DecClic I à l'automne 2006 et à l'hiver 2007 dans un groupe de français 101 (Écriture et littérature). Les étudiants y inscrivaient des notes sur les oeuvres littéraires en lecture. Je suivais la progression de chacun en indiquant, pour chaque poème ou scène, les éléments incompris. Au lieu d'un questionnaire de compréhension, qui arrête trop complètement la lecture de l'étudiant et qui lui fait perdre de vue la signification globale de l'oeuvre, les étudiants doivent exécuter toujours les mêmes stratégies. D'abord, indiquer qui fait quoi où et quand (mais pas pourquoi), puis relier le poème ou la scène à un thème. Au début de chaque cours (deux rencontres par semaines), j'arrive en sachant qui a fait quoi, avec quelles difficultés. En équipes, les étudiants comparent leurs notes et approfondissent avec mon aide leur compréhension de l'oeuvre. Les étudiants qui n'ont pas fait leur travail, après un avertissement, sont mutés dans une équipe de retardataires, au lieu de pouvoir rester avec leurs amis. Après deux semaines, tout le monde est à jour dans ses lectures, sans qu'il soit nécessaire d'imposer un contrôle de lecture. Les étudiants (de première session) qui ne sont pas habitués à faire leurs devoirs de lecture et de prise de notes acquièrent vite une discipline de travail (ou, plus rarement, quittent le cours). Ils parviennent peu à peu à interpréter l'oeuvre par eux-mêmes. Au moment de l'évaluation écrite, plus personne ne me demande "Qu'est-ce que tu veux que j'écrive?"
Jacques Lecavalier, Enseignant, Collège de Valleyfield [2007-5-20]J'utilise déjà le portfolio d’apprentissage dans mes cours et ce, depuis 3 ans. Après quelques tentatives, le format que j'utilise actuellement comprend des questions cognitives sur la matières et métacognitives sur le processus de travail et d'apprentissage. Ces questions précises me permettent de mieux guider l'apprenant dans la rédaction du cahier. J'utilise aussi ce cahier de façon sommative et il remplace l'évaluation traditionnelle de ''par coeur''. C'est un outil très efficace pour augmenter la motivation intrinsèque de l'apprenant et pour éliminer l'effet négatif de stress d'un examen de ''par coeur'', examen d'ailleurs que les étudiants trouvent inefficace puisque 7 jours après l'examen, l'apprenant moyen ne se souvient plus de ce qu'il a appris. Pour consulter un de mes cahiers pré-formaté ... allez sur le lien suivant : http://www.profweb.qc.ca/ymorin/cahier_apprentisage_version_2006_chapitre_2_en_str-35.doc
Yves R. Morin, Enseignant, Cégep Marie-Victorin [2007-4-13]Je mettrai à l'essai la méthode du portfolio numérique (avec Dec-Clic) dans un cours de français Écriture et littérature à l'automne 2006. À suivre...
Jacques Lecavalier, Enseignant, Collège de Valleyfield [2006-7-02]Merci beaucoup pour ce dossier qui me sera très utile: j'entreprends une recherche sur l'élaboration d'un portfolio pour les enseignants de français langue étrangère en formation continue dans un contexte culturel "européen".
anne-marie johnson, enseignante-formatrice, Institut Touraine [2006-6-18]Bravo ! Voici enfin un véritable outil d'intrégration. J'ai trouvé votre dossier très intéressant et stimulant. J'ai l'intention de convaincre mes collègues de mettre en place un projet similaire à celui du Collège de Sherbrooke. Nous avons besoin d'un outil pour mettre en place un processus d'intégration qui commence avec la première session. Quelle belle idée stimulante que la vôtre.
Jean Poirier, Enseignant en histoire, Collège Shawinigan [2006-4-28]