Martin Mainguy
enseignant, Cégep de Sainte-Foy
« Former un individu, c’est le rendre capable de s’adapter en permanence à un environnement essentiellement changeant. »
Alain Rieunier1
Au moment d’aborder la révision du programme de Design de présentation à l’automne 2006, la Direction du développement pédagogique et institutionnel du cégep de Sainte-Foy nous proposait d’entreprendre une démarche de recherche et d’innovation pédagogique pour soutenir le développement du nouveau programme.
Nous sommes présentement en cours d’implantation du programme révisé, débuté en septembre 2007. Notre projet d’innovation pédagogique, lancé en janvier 2008, est devenu pleinement opérationnel en septembre 2008. Ce projet porte le nom de « Carnets pédagogiques ».
POINT DE DÉPART
L’analyse de la situation de travail (AST) avait confirmé une tendance lourde que nous connaissions déjà, c’est-à-dire l’incidence importante de l’évolution des TIC sur les pratiques professionnelles et sur les compétences attendues à la sortie sur le marché du travail. La perspective donnée à nos recherches commandait bien entendu une orientation pédagogique avant tout. Toutefois, il ne nous a pas fallu trop de temps pour établir que c’est par le biais des technologies que le changement devrait s’opérer. Dix-neuf des vingt et une compétences du nouveau programme comportaient une dimension qui faisait référence à l’usage des médias numériques.
En plus de favoriser l’intégration des TIC, le projet devait soutenir l’autonomie de l’étudiant, éclairer son orientation professionnelle et, finalement, tant du point de vue des enseignants que du point de vue des étudiants, consolider l’approche programme.
DÉVELOPPEMENT DU PROJET
Avec l'idée que chacun construit ses connaissances et que les informations utilisées dans notre discipline sont très nombreuses et variables, nous nous sommes appliqués à créer un outil qui guiderait l’étudiant dans le traitement méthodique de ces informations pendant toute la durée du programme. Dans la taxonomie de Bloom, il s’agissait de consolider et de systématiser la base de connaissances qui soutiendrait l’apprentissage jusqu’à la capacité de créer (figure à droite).
Bien entendu, le développement technologique d’un tel outil ne peut se réaliser sans le support et la participation de ressources expertes, et nous avons eu la chance d’avoir la collaboration du département de multimédia : Marie-Andrée Gingras pour la conception de l’interface graphique et Audrey Morneau pour la programmation.
Sur la base d’un diagramme (figure à gauche) qui permet de catégoriser les informations essentielles dans notre domaine, nous avons créé une base de données sous forme de fiches à remplir par les étudiants.
Chacune des quatre grandes catégories de fiche (une couleur par catégorie) correspond à un type d’information élémentaire, susceptible de se retrouver avec plus ou moins d’emphase dans chacun des cours du programme (figure ci-bas).
FONCTIONNEMENT DE LA BASE DE DONNÉES
Chaque étudiant entreprend le programme en s’appropriant un fichier initialement vide qu’il remplit au fur et à mesure des projets qu’il réalise et des cours qu’il poursuit. Cet espace appartient exclusivement à l’étudiant et est accessible sur Internet à partir de n’importe quel ordinateur. Les enseignants, de leur côté, ont un accès en « lecture seule » aux fiches que les étudiants ont rendues visibles par une case à cocher. Un outil de sélection et de tri permet des regroupements de fiches selon le besoin.
Chaque enseignant du programme peut développer des stratégies pédagogiques faisant usage des fiches de tous les types, ou encore prendre connaissance, par des requêtes ciblées, des activités qui ont pu se réaliser dans d’autres cours. Le caractère systématique et uniforme du support (les fiches et les catégories), en plus de ne demander aucune formation particulière, fait qu’un usage collectif et continu est relativement aisé. Cette participation à l’élaboration de la base de données des étudiants par les enseignants ne doit pas être accaparante : au contraire, c’est plutôt l’usage modéré et continu, mais surtout réparti entre tous les enseignants, qui en assure l’efficacité.
Après un peu plus d’une année d’opération, environ trois mille fiches ont été produites. Notre programme compte environ soixante étudiants répartis sur les trois niveaux, ce qui fait une moyenne de 50 fiches par étudiant : cette donnée n’est pas encore très significative puisque nous sommes encore à cheval entre les deux versions du programme et au début de notre expérimentation. Toutefois, la mise en pratique de ce système évolutif d’information, très utile dans un domaine en mouvement perpétuel, nous semble voué à un avenir prometteur. Gregory Murphy, du département des Langues, a entrepris de développer un outil similaire pour son programme selon les mêmes principes (démarche programme, fiches typologiques).
CONCLUSION

Sans compromettre l’effort individuel et spécifique de chaque étudiant, principe essentiel à un apprentissage réussi, c’est dans les aspects interactifs, participatifs et collaboratifs que nous aimerions orienter une deuxième phase de ce projet. Comment permettre et faciliter la communication d’information et l’échange de fiches entre étudiants? Entre étudiants et enseignants? Entre enseignants? Comment préserver l’effort individuel de sélection et d’appropriation d’informations en contexte? Comment accorder l’accès à une base de données collective où se trouvent « toutes les réponses » tout en encourageant la participation et la recherche?
C’est probablement en cherchant la réponse à ces questions que nous nous adapterons nous-mêmes, en tant qu’enseignants, à cet environnement essentiellement changeant auquel nous devons préparer nos étudiants… Devons-nous nécessairement poursuivre le développement d’un outil « sur mesure »? En éducation, la pédagogie et la didactique doivent précéder la technologie. Après un survol des applications informatiques et pédagogiques disponibles au moment d’amorcer notre projet (wiki, blogue, e-portfolio), nous avions conclu qu’aucune de ces applications ne pouvait satisfaire nos objectifs didactiques avec assez de précision. Peut-être en est-il autrement aujourd’hui, qu’en pensez-vous?![]()
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1 RIEUNIER, Alain (2001). Préparer un cours, tome 2, les stratégies pédagogiques efficaces. ESF Éditeur, Paris.
2 Pour faire l’expérience du fichier, l’accès est disponible aux fins de démonstration en inscrivant profweb comme nom d’usager et comme mot de passe en cliquant sur cette adresse-ci.
Merci pour la bonne présentation la semaine passée au Cégep Martin. Ça nous prend des pionniers avec les TIC comme toi afin de nous donner des idées et des pistes. Je vais penser à cette structure.
Daren Wingerter, Professeur d'anglais, Cégep de Sainte-Foy [2009-3-22]M.Dubois, Je vous réponds «dans l'ordre», mais tout d'abord je vous remercie de vos commentaires et de la très intéressante référence au vidéo de Christophe Batier avec M. Marcel Lebrun. L'exploitation des fiches est relativement aisée, si on détermine d'abord clairement quelle stratégie pédagogique elle doit servir et qu'on limite nos interventions à des objectifs spécifiques, annoncés aux étudiants. Chaque fiche, si elle fait l’objet d’un travail précis (en complément à une réalisation plus large et plus complexe) est alors «facile» à évaluer et encadrer : le fichier devient le cadre de référence. Comme chaque enseignant détermine l'usage qu'il fera de cet outil, c'est à l'accumulation de ses propres fiches que l'étudiant peut constater qu’il construit une synthèse dans l’ordre proposé par la structure de la base de données qui est en quelque sorte celle du programme. L’aspect déterminant est la participation de l’ensemble des enseignants à ce cadre de référence élémentaire. Pour votre question sur la durée du programme, chacune des six sessions comporte 15 semaines de cours et il y a deux sessions par année, séparées par les vacances d’été et d’hiver (trois mois et un mois respectivement, pour les étudiants).
Martin Mainguy, enseignant, Cégep de Sainte-Foy [2009-3-17]Je trouve très intéressante toute votre démarche qui effectivement devrait bien s'adapter à d'autres enseignements. Je suis enseignant en informatique et je retrouve bien la même structure de base pour présenter le contexte (à mon avis, seule la case grise est liée au domaine de formation). Le nombre de fiches que vous annoncez me semble tout à fait respectable mais l'exploitation de ces fiches ne doit effectivement pas être simple. Est-il envisageable de demander aux étudiants de faire des synthèses thématiques, soit à partir de leurs propres fiches, soit à partir fiches d'un même sujet provenant de différents étudiants. Cela me fait penser à la construction de l'ordre à partir du désordre de M. Lebrun, http://apprendre2point0.ning.com/profiles/blogs/gastronomie-lyonnaise-au-menu , avec C. Batier. Je trouve aussi très intéressante la cartographie de la formation. Pour information, combien de temps durent les sessions et quelle est la durée entre les sessions? Bonne continuation ...
Jacques Dubois, enseignant, Lycée G.Eiffel (Dijon, fr) [2009-3-17]