Benoît Régis
enseignant, Cégep de Thetford
Avec une quinzaine d’années d’expérience, Benoît Régis1, enseignant en mathématique au Cégep de Thetford, avait envie de relever de nouveaux défis. Confronté tous les jours à de nombreuses tendances pédagogiques telles que l’approche par problèmes, la schématisation, la contextualisation historique, la pédagogie active, le « team-teaching », le travail d’équipe et l’intégration pédagogique des TIC, il se demandait bien comment il pourrait s’en servir pour combler son besoin de nouveauté.
C’est alors qu’il a décidé, en collaboration avec une autre enseignante, Nadia Laflamme, d’opter pour une méthode hybride en choisissant un petit quelque chose dans toutes ces techniques afin de monter son propre modèle.
Benoît, comment en es-tu venu à modifier tes méthodes pédagogiques?
Je trouvais des éléments positifs dans plusieurs méthodes pédagogiques, mais j’avais toujours les mêmes inquiétudes : je n’aurai jamais assez de temps pour cela et comment pourrais-je transférer ces méthodes dans ma discipline?
C’est là que nous avons décidé de tenter l’expérience de développer notre propre modèle inspiré de plusieurs techniques existantes.
Peux-tu nous décrire ton expérimentation?
Nous avons expérimenté cette méthode dans un cours de Calcul intégral (NYB).
Pour notre première expérimentation, nous avions tout de même des conditions favorables. Les principales étant l’union de deux petits groupes (44 étudiants au total) et une certaine liberté dans la confection des horaires. En ajoutant à cela une longue réflexion et plusieurs formations (AMQ, AQPC, APSQ, conférenciers invités), nous nous sommes fixé des objectifs clairs :
Voici le modèle que nous avons mis sur pied :
Quelles ont été les réactions des étudiants?
Ouf… Au début ils n’étaient vraiment pas d’accord; ils ont eu beaucoup de réticences.
Nous leur demandions de se placer au centre de leur apprentissage et d’y Nous ... demandions [aux étudiants] de se placer au centre de leur apprentissage et d’y participer activement alors qu’ils ont été habitués à recevoir l’information de manière passive.participer activement alors qu’ils ont été habitués à recevoir l’information de manière passive. Ils préféraient conserver les bonnes vieilles méthodes de peur de passer à côté de notions importantes. Petit à petit, ils ont accepté la nouvelle formule. Maintenant, plus aucun retour en arrière n’est possible; ils ont adoré cette méthode.
Nous avons utilisé un petit bout de plusieurs méthodes pédagogiques afin d’en créer une qui nous rejoignait et qui surtout rejoignait les étudiants. Notre plus grande peur au début était le facteur temps. Nous avons été surpris par les commentaires des étudiants qui nous ont dit n'avoir pas plus de travail avec cette nouvelle méthode que celle traditionnelle, et cela, malgré le fait qu’ils avaient beaucoup moins de temps en classe pour faire des exercices personnels. Par contre, ils disent que le fait d’avoir eux-mêmes travaillé sur des exercices en équipe a facilité grandement le temps d’assimilation et ils étaient plus rapidement aptes à effectuer leurs exercices à la maison.
Nous avons passé un questionnaire d’évaluation à la fin de la session et seulement 10 % des étudiants semblent ne pas apprécier cette nouvelle approche.
Comment les TIC ont bonifié cette nouvelle approche pédagogique?
Les capsules historiques sont faites sur PowerPoint pour les rendre plus attirantes et les archiver. Les travaux de Maple permettent de mieux appliquer les mathématiques (mouvements de satellites, fonctionnement d’un GPS, etc.). Rendre les mathématiques plus appliquées aide la motivation.
As-tu constaté des changements au niveau de la réussite des étudiants?
Pas vraiment. Il est difficile d’évaluer l’impact sur les taux de réussite après une année d’expérimentation; par contre nous avons constaté des changements extrêmement positifs au niveau de la motivation des étudiants.
Avez-vous rencontré des difficultés? Si oui, lesquelles?
Oui, premièrement, il faut avouer que cette méthode demande une très grande préparation (surtout la première fois); elle demande aussi beaucoup de complicité entre les deux enseignants et il ne faut pas avoir peur des comparaisons car les étudiants ne se gênent pas pour en faire!
Qu’est-ce que cela a changé dans ta pratique pédagogique?
Depuis, cette méthode a été reprise dans un cours d’Algèbre linéaire (NYC) et dans un cours au secteur technique en Techniques de génie mécanique.
J’ai été invité par plusieurs collèges à présenter cette méthode; j’ai aussi fait une présentation à l’Association mathématique du Québec (AMQ) de même qu’au colloque de l’Association québécoise de la pédagogie collégiale (AQPC).
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1 Benoît Régis est Président de l'Association mathématique du Québec (AMQ) qui regroupe les enseignantes et enseignants en mathématique du Québec. Le prochain congrès de l'AMQ se tiendra au cégep de Thetford les 17 et 18 octobre prochain.
2 Maple est un logiciel de calcul formel utilisé en mathématique dans une très grande majorité de collèges et d'universités.
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Bénéfices des stratégies technopédagogiques
Bravo Régis de persister dans ta nouvelle approche malgré les réticences des étudiants. Je t'encourage à utiliser DECclic pour bénéficier des facilités qu'elle permet entre autres pour les cours en coenseignement. N'oublions pas que DECclic intègre les outils de communication, d'évaluations, d'encadrement et de suivi des étudiants.
Claudette Ouellette, Conseillère et coordonnatrice, Plateforme collégiale DECclic [2008-6-06]Une expérience d'avenir
Merci pour votre entrevue avec Benoît Régis, j’espère qu’elle intéressera et inspirera particulièrement les professeurs de mathématiques. À Rimouski nous avons eu la chance de rencontrer des membres du département de Thetford et il y avait beaucoup d’éléments très stimulants qui ne peuvent paraître dans une courte entrevue. C’est vrai que l’expérience de Thetford intègre de nombreux aspects pédagogiques, mais pour ma part le plus important est que cette expérience limite la partie magistrale du cours à des capsules pour permettre aux élèves de travailler en équipe pour s’approprier eux-mêmes la matière par des exercices gradués. Ce travail rend les élèves beaucoup plus autonomes et intéressés Cette approche correspond davantage à la culture des jeunes habitués à communiquer et que le web a rendu plus actifs et curieux. Devant l’accumulation des connaissances à acquérir, l’expérience de Thetford va vers l’objectif souvent invoqué « d’apprendre à apprendre ». À Rimouski nous comptons intégrer l’automne prochain des éléments de l’expérience de Thetford en NYA (Sciences de la nature) et en Génie électrique. Félicitations et merci!
Philippe Etchecopar, enseignant en mathématiques, Cégep de Rimouski [2008-6-06]Bravo !
Félicitations Benoît pour le travail dynamique et les nouvelles idées que tu as su implanter au sein de notre collège.
Danielle Dussault, Enseignante et écrivaine, Cégep de Thetford [2008-5-28]Technologies éducatives et apprentissage actif
Bonjour Benoît, Merci pour ce récit qui met en lumière l'effet positif sur la motivation que semble avoir l'intégration des technologies éducatives dans un contexte d'apprentisage actif chez les étudiants. Si j'ai bien compris, l'expérimentation se poursuivra l'an prochain. Pourra-t-on compter sur le cumul de données en lien avec les résultats scolaires ? Cela pourrait contribuer à alimenter la réflexion collégiale qui a été amorcée, entre autres par Christian Barrette, sur l'effet de l'intégration des TIC et la réussite (motivation, résultats, etc.). Ce serait vraiment intéressant. En tout cas, merci pour les efforts déployés !
Nicole Perreault, Animatrice, Réseau REPTIC [2008-5-27]