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Pourquoi, comment?

Cette rubrique propose des récits d’expériences rédigés par des enseignantes et des enseignants. Un récit vise à rendre compte d'une intégration des TIC considérée comme une valeur ajoutée à l’enseignement et à l’apprentissage.

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Récits

L'affaire Netvibes... ou l'importance de proposer des outils technologiques intéressants, uniques et utiles
Le lundi 29 septembre 2008
L'affaire Netvibes... ou l'importance de proposer des outils technologiques intéressants, uniques et utiles
Esthétique et histoire de l'art 520
Annie Olivier, enseignante, Cégep Ahuntsic

Le texte qui suit s'intéresse aux rapports qu'entretiennent les étudiants avec les TIC. Dans ce cas-ci, la technologie est représentée par l'outil Netvibes. L'expérience qui y est relatée repose sur le préjugé suivant : « tout ce qui est technologique intéresse automatiquement les étudiants ». Cette réflexion s'impose d'autant plus que la génération Y qui arrive est soi-disant « tombée dedans quand elle était jeune ». Mais est-ce que tous les outils, parce qu'ils sont de nature technologique, jouissent d'une valeur ajoutée aux yeux de nos étudiants? N'en soyons pas si certains.

Contexte et objectifs

Cette expérience technopédagogique s'est déroulée à l'automne 2007 dans le cours Actualités des arts et vie culturelle (1re session, 30 étudiants). Ce dernier, comme le titre l'indique, s'intéresse aux nouveautés du milieu culturel et ce, autant sur le plan national qu'international. Dans ce contexte, l’un des objectifs spécifiques de ce cours est d'amener les étudiants à être autonomes dans la démarche de recherche, d'analyse et de mise à jour d'informations à caractère culturel. C'est la raison pour laquelle, à la suite d'une formation suivie avec notre conseillère TIC du moment, j'ai décidé d'intégrer à mon cours l'outil technologique suivant : Netvibes. En effet, Netvibes est un lecteur de fils RSS en ligne qui offre une veille informationnelle automatisée. Intéressant non?

Réaction des étudiants

Il me semblait, de toute évidence, que cet outil se présentait comme un incontournable, d'autant plus que Netvibes fait partie du Web 2.0, grand ami de certains de nos étudiants. J'avais là, pensais-je, un outil technologique qui séduirait à coup sûr mon public estudiantin... Or, j'ai plutôt découvert des étudiants « critiques » face à l'introduction d'outils technologiques dans leur routine scolaire. Rien n'était gagné d'avance.

Explication de la situation

Bien sûr, cette « relative déconfiture » n'est pas directement liée à la nature même de l'outil. Voyons donc divers éléments susceptibles d'élucider en partie cette affaire.

Élément 1

De façon générale, j'ai découvert des étudiants beaucoup plus habiles avec les outils technologiques de communication qu'avec les outils de recherche. J'ai pu constater cela lors de l'étape de recherche de sites Internet avec fils RSS. La majorité de mes étudiants présentait de réelles difficultés à trouver l'information sur Internet et ce, malgré annuaires et conseils offerts par la professeure. Ainsi, la « relative déconfiture » de mon expérience Netvibes pourrait être en partie liée à une carence au niveau de ce que Bruno Poellhuber appelle « les compétences informationnelles », qui rassemblent à la fois les capacités de recherche d'informations et d'analyse de celles-ci1.

À retenir

S'assurer d'un certain niveau de maîtrise de la démarche de recherche d'informations sur Internet par le biais d'ateliers préparatoires.

Élément 2

Cette expérience m'a également fait comprendre que pour qu'un nouvel outil « techno » soit adopté par les étudiants, il doit présenter des fonctionnalités uniques. En effet, si ce dernier ne se démarque pas, il sera difficile d'en défendre l'utilité. Outre l'exclusivité des fonctionnalités, il faut également tenir compte de la facilité et de la rapidité d'utilisation de l'outil. Dans ce contexte, Netvibes faisait face à de solides adversaires, ne serait-ce qu'à un simple navigateur permettant de rassembler des sites favoris sans autre forme de procès.

À retenir

Réaliser une analyse comparative des différents outils utilisés par les étudiants avant d'arrêter notre choix sur un en particulier.

Élément 3

De façon générale, j'ai découvert que mes étudiants n'étaient pas très intéressés par le suivi quotidien des actualités, culturelles ou non. En effet, plusieurs cherchaient davantage à intégrer des sites Internet liés à leurs intérêts personnels (ex. : site officiel d'un groupe de musique) que des sites d'informations générales (ex. : Radio-Canada). De plus, au moment de la réalisation de cette activité, les sites Internet proposant l'accès aux fils RSS étaient, somme toute, peu nombreux et majoritairement reliés au domaine de l'information, diminuant ainsi de façon importante les possibilités. Autrement dit, à ce moment-là, cet outil ne correspondait pas tellement au profil de mes « 17-25 ».

À retenir

S'assurer que l'outil rejoigne le profil des étudiants ciblés.

En résumé

  • L'intérêt technologique des étudiants repose probablement davantage sur les possibilités de communication que de recherche;
  • La réaction positive des étudiants face à l'outil « techno » repose, entre autres choses, sur l'exclusivité de ses fonctions et sur sa réelle utilité. Que l'outil soit « techno » ne garantit pas sa popularité;
  • Les étudiants « antitechnos » (il y en a toujours) peuvent manifester un réel mécontentement face à l'activité proposée. Travailler les perceptions avant de se lancer dans la découverte de l'outil peut être un atout au niveau de la motivation du groupe.

Je termine cette analyse avec une note à moi-même : ne jamais oublier, d'abord et avant tout, de me demander si l'outil proposé correspond réellement au profil de mes étudiants et ce, même si l'intégration de cet outil dans ma stratégie pédagogique est « théoriquement » logique et attrayante...

__________

1 BÉRUBÉ, Bernard, et Bruno POELLHUBER. Un référentiel des compétences technopédagogiques, Montréal, Collège de Rosemont, 2005, p. 49.

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Commentaires
Bravo...
Bravo pour cette analyse... Voici ma petite pierre à l'édifice. J'utilise beaucoup l'outil Internet avec mes jeunes élèves (12-15 ans) et utilise pour ma troisième année les blogs de classe. Il y a trois ans je ne tenais qu'un blog pour mes cinq classes. C'était un beau bazar mais comme nous postions peu ça allait. L'année suivante, deux blogs, un pour chaque niveau, c'était un peu mieux mais difficile à suivre pour les élèves... Cette année chaque classe a son propre blog et chaque élève peut publier ses productions à sa guise... Pour gérer tout cela, une page Netvibes* qui offre aussi quelques fonctionalités supplémentaires et un affichage sympathique... Pour l'instant j'en suis fan, et mes élèves aiment bien aussi. Mais je suis d'accord avec tout ce que vous écrivez sur leur intérêt limité pour les informations, et leur dificulté à LIRE sur le net... A nous de leur enseigner aussi cet aspect... Confraternellement, Christine Merlin PS : http://netvibes.com/christinemerlin et aussi mon blog de prof : http://unblogdeprofcasertaquoi.over-blog.com
Christine MERLIN, Enseignante de français, Collège Jean-Moulin LE PORTEL (62) FRANCE [2008-9-30]
La recherche et le traitement de l'information
Tout d'abord, Annie, je veux vous dire que votre article est intéressant. D'abord parce qu'il fait un retour critique de votre expérimentation ensuite, parce que votre analyse est juste. D'ailleurs, le commentaire de Nathalie Bastien le complète bien. Je veux simplement ajouter à votre tableau, cellule "À retenir" pour l'élément 1 que les responsables de la Bibliothèque de votre institution sont des alliés pour cette démarche. Ce sont les spécialistes de la recherche d'information, ils constituent donc la meilleure ressource dans ce domaine.
Lucia Lepage, Conseillère pédagogique, Collège de Rosemont [2008-9-30]
Surprise!
Bonjour Annie! Quelle agréable surprise de te lire dans Profweb! (NDLR: Nous avons enseigné ensemble à Ahuntsic entre 2005 et 2007). En effet, tes observations sont - comme toujours - très justes. J'en relève quelques-unes au passage. Tu as raison de désamorcer le préjugé selon lequel "tout ce qui est technologique intéresse automatiquement les étudiants". Les TIC sont un moyen d'arriver à une fin pédagogique qui doit être clairement définie par l'enseignant. Combien de fois se fait-on poser en classe, soit silencieusement par des regards exaspérés ou carrément par des mots: "Madame, c'est quoi le but? Pourquoi on fait ça?" L'idée de la veille informationnelle (ou le choix de l'outil Netvibes) n'est pas une mauvaise idée en soi, mais l'utilisation de ce moyen doit être mis en perspective en fonction de l'objectif visé. Ceci m'amène à commenter un autre de tes constats: le manque de compétences informationnelles des étudiants. En effet, ce n'est pas parce qu'on sait "googler" une expression que l'on maîtrise la recherche et le traitement de l'information! Plusieurs travaux du Réseau des répondantes et répondants TIC (REPTIC) font état de la situation et proposent des solutions pour pallier ce problème. Je t'invite à consulter dès le jeudi 2 octobre le site du projet InukTIC (www.inuktic.qc.ca). Je ne t'en dis pas plus, car je laisse la chance aux gens impliqués dans ce projet d'en faire la promotion sur cette même tribune. Une dernière chose: tu relèves l'importance de réaliser une analyse comparative des différents outils avant d'arrêter son choix. Bien souvent, quand on a un coup de foudre pour un outil, on est tellement enthousiaste qu'on cherche à l'intégrer sur-le-champ à notre pédagogie sans se poser la question que nos étudiants nous poseront inévitablement ("Madame, c'est quoi le but?"). Cela dit, le travail d'équipe avec le REPTIC du collège peut se révéler profitable pour l'élaboration d'une stratégie pédagogique incluant les TIC. Le REPTIC connaît les outils TIC disponibles, l'enseignant connaît sa discipline et ses étudiants et ensemble, ils trouvent réponse à la sempiternelle question "Kos'sa donne?" Salutations à tout le département!
Nathalie Bastien, Conseillère pédagogique TIC, Cégep André-Laurendeau [2008-9-29]

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