Cette rubrique propose des dossiers portant sur des thématiques particulières reliées à l’intégration des TIC en enseignement collégial.
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État de la question
Disons-le tout de suite : depuis que l’école existe, le plagiat et la tricherie scolaire existent. Mais quand les sources possibles « d’inspiration » se situent en dehors de la bibliothèque du collège, qu’elles sont accessibles en quelques clics de souris et qu’elles se multiplient de façon exponentielle, dépister le plagiat peut devenir un réel casse-tête et nos étudiants le savent… En peu de temps, le Web est devenu la source de documentation principale pour 97,6 % des étudiants français alors que seulement 57,2 % d’entre eux vont encore à la bibliothèque.
Les données récentes entourant le plagiat scolaire à l’aide des technologies mettent en lumière l’ampleur d’un phénomène dont il a été peu ou prou question dans le réseau collégial québécois (exception faite d’un avis éclairant mais peu connu de la Commission d’éthique de la science et de la technologie – Jeunesse 2005 - CEST-Jeunesse dont il sera question plus loin) et d’un article paru dans le bulletin Clic en 2003, alors que le réseau universitaire tend de plus en plus vers des actions concrètes. Et pourtant, les chiffres qui suivent sont assez évocateurs d’une situation qui est présente dans tous les ordres d’enseignement :
Toutes les disciplines sont concernées par le plagiat et autres types de triche à l’aide des technologies, des mathématiques à l’histoire, de la gestion à la philosophie, et cette problématique est appelée à aller en croissant avec la multiplication des classes branchées et des cours offerts à distance.
Dans le réseau collégial québécois, des intervenants impliqués dans les programmes faisant appel au portable chez les étudiants ont déjà été confrontés au plagiat [communication personnelle]. De leur côté, dans le cadre d’un sondage effectué en décembre 2006 auprès des répondantes et répondants TIC du réseau collégial, 90 % d’entre eux ont rapporté que des enseignants de leur collège leur avaient fait part de leurs préoccupations à propos du plagiat à l’aide des technologies par leurs étudiants. Plus de la moitié des répondants signalent qu’on leur a déjà soumis des cas réels de plagiat. Soixante-dix-sept pour cent (77 %) des répondants ont déjà proposé à leurs enseignants des solutions, des astuces, de façon formelle ou informelle, mais seulement 30 % d’entre eux se sentent vraiment outillés face à cette problématique.
Le plagiat et autres types de triche à l’aide des technologies par les étudiants constituent donc un sujet de préoccupation bien réel dans le réseau collégial québécois. C’est un dossier complexe qui interpelle une réflexion et des actions tant en ce qui a trait à la prévention, à la détection, aux conséquences en matière d’apprentissage, aux modes d’évaluation actuellement utilisés qu’aux valeurs éthiques qui sont mises en jeu.
Loin d’apporter une solution totale aux questionnements qu’il fait surgir, ce dossier tente néanmoins d’apporter un éclairage qui, nous l’espérons, permettra aux enseignants et autres intervenants du collégial d’être sensibilisés à cette problématique et de proposer des pistes de recherche et de solution.
La présente section décrit en quoi consiste la triche à l’aide des technologies et quelles sont les formes qu’elle peut prendre; un accent particulier est mis sur le plagiat. Elle tente également de cerner les motifs qui incitent des étudiants à adopter ces comportements. La section Dans la pratique propose solutions qui peuvent contribuer à prévenir et à détecter le plagiat et autres triches à l’aide des technologies chez nos étudiants. Finalement, on trouvera dans la section Références utiles des liens vers des documents électroniques et des sites Web ayant un lien direct avec la problématique.
En tant qu’enseignant ou autre intervenant du collégial, si vous considérez que ce dossier mérite qu’on s’attarde davantage à la situation du plagiat et de la triche à l’aide des technologies chez les étudiants, par le biais entre autres d’un espace de discussion et de documentation dans Profweb, vous êtes invité à en signaler votre intérêt dans la section Commentaires.
Voyons tout d’abord en quoi consiste la tricherie scolaire à l’aide des technologies, quelles sont les formes qu’elle peut prendre et quels motifs incitent les étudiants à y avoir recours.
LE PLAGIAT ET AUTRES TYPES DE TRICHE À L'AIDE DES TECHNOLOGIES
Dans la très grande majorité des disciplines scolaires, les étudiants sont appelés à réaliser des travaux de recherche ou à faire des examens, que ce soit dans une classe traditionnelle, un laboratoire informatique ou à la maison. Dans l’accomplissement de ces tâches, des étudiants peuvent être tentés d’avoir recours à certains types de triche à l’aide des technologies, le plus fréquent, le plus connu et le plus complexe étant le plagiat électronique. C’est de ce type de tricherie dont il est d’abord question dans cette section. Il existe également d’autres types de triche à l’aide des technologies que nous abordons un peu plus loin.
Le plagiat à l’aide des technologies
Lorsqu’un étudiant rédige un travail de recherche, on lui demande la plupart du temps d’indiquer les sources qu’il a utilisées en respectant les normes liées à leur citation. Cependant, comme le souligne la CEST-Jeunesse, cette façon de faire repose sur l’honnêteté intellectuelle de l’étudiant et elle ne constitue pas nécessairement un rempart total contre le plagiat ou à toute autre forme de malhonnêteté intellectuelle.
Mais qu’entend-on au juste par plagiat?
La CEST-Jeunesse définit le plagiat par le fait de copier en tout ou en partie le contenu d’une autre production dans sa propre production sans en citer la source. Si l’autre production provient d’une source électronique, quelle qu’elle soit, on parlera de plagiat électronique ou de plagiat à l’aide des technologies. Dans un contexte scolaire, le copier – coller, le téléchargement et l’achat de travaux provenant de l’extérieur sont des formes de plagiat à l’aide des technologies, et ce, quel que soit le type d’autorisation d’utilisation (par exemple, le copyleft) que l’auteur original a accordée à sa production. Voyons maintenant les formes que peut prendre le plagiat à l’aide des technologies.
Le fameux copier – coller
Une des caractéristiques du plagiat électronique, c’est l’aisance avec laquelle il peut s’effectuer. Le cas de figure classique, c’est le fameux copier – coller tellement simple et rapide à réaliser. Il peut s’agir1 :
La réutilisation de travaux existants
Une autre forme que peut prendre le plagiat à l’aide des technologies consiste, pour l’étudiant, à réutiliser des productions électroniques provenant de l’extérieur ou de travaux qu’ils a rédigés antérieurement. En voici quelques exemples :
L’achat de travaux scolaires
L’achat de travaux scolaires en ligne est un phénomène qui se répand à la vitesse grand V. Ceux-ci peuvent être tout faits ou être rédigés sur commande.
Ainsi, depuis quelques années, des sites Web francophones et anglophones offrent la possibilité d’acheter des travaux scolaires déjà réalisés en entier, parmi une multitude de disciplines scolaires, et ce, pour une dizaine de dollars par travail.
Le site francophone Oboulo.com est un de ces sites : il offre à ses « clients » des milliers de travaux allant des « gènes de la vision » à « la situation économique en Chine », en passant par le « suicide chez les personnes âgées ». Les étudiants peuvent choisir la longueur du travail désiré (moins de 10 pages, plus de 10 pages, de 20 pages, etc.) et son format (Word, pdf, PowerPoint, etc.). Zetud.net et le site anglophone CheatHouse.com offrent un service semblable à celui d’Oboulo.com.

D’autres sites proposent de rédiger le travail de l’étudiant à sa place et ce dernier peut commander un travail entièrement personnalisé : le niveau de langage peut être adapté, on peut inclure volontairement des fautes ou des erreurs de façon à ne pas éveiller les soupçons des correcteurs, etc. Un supplément peut être exigé si le travail doit être livré dans les 48 heures suivant la demande. Finis les devoirs est un exemple de ce type de commerce. Label oblige, le site spécifie que, pour assurer un résultat de qualité, les travaux sont réalisés par des étudiants d’un niveau supérieur à celui du « client »...

Pour un aperçu des divers sites francophones et anglophones qui offrent le téléchargement de notes de cours et de travaux d’étudiants, l’achat ou la rédaction de travaux, vous pouvez consulter l’article de Thot intitulé Étudier, rédiger, plagier, tricher, empêcher la triche ou ne pas tricher – des ressources.
Autres types de triche à l’aide des technologies
Par ailleurs, si l’étudiant utilise son cellulaire lors d’un examen pour obtenir des réponses, s’il se connecte avec le nom d’utilisateur et le mot de passe d’un collègue et utilise des informations provenant du compte, nous avons affaire à d’autres types de tricherie à l’aide des technologies. Ceux-ci s’observent généralement dans un contexte d’évaluation (examen). Voyons comment ils peuvent se manifester :
POURQUOI DES ÉTUDIANTS S'ADONNENT-ILS AU PLAGIAT À L'AIDE DES TECHNOLOGIES?
La méconnaissance des normes reliées à la citation des sources
Dès le primaire, les élèves réalisent des travaux de recherche dans Internet. Très souvent, sans en envisager les conséquences, des enseignants peuvent encourager le copier – coller d’images et de textes que les jeunes ont glanés dans la toile. En effet, les sources provenant du Web sont souvent perçues par plusieurs comme des textes publics, et donc non soumis à la même protection que peuvent l'être des textes publiés au format papier. Cette situation peut perdurer au secondaire et au collégial où l’étudiant peut croire que le copier – coller à partir du Web sans identifier la source est quelque chose de normal.
Le partage de fichiers d'ordinateur à ordinateur (poste à poste) via Internet permet d'obtenir rapidement et gratuitement, fichiers musicaux, vidéos, images, logiciels, etc., sans nécessairement en détenir ou en payer les droits. Ce phénomène mondial, amorcé depuis1999 et très présent chez les jeunes, s'est transformé en véritable culture de partage tenant peu compte des barrières légales existantes. N'y aurait-il pas là un incitatif de plus à obtenir rapidement ce que l'on veut sans en payer le prix réel?
Certains étudiants plagient donc sans véritablement le savoir, souvent par manque de sensibilisation à l’importance de la reconnaissance des normes associées à la citation des sources.
Sauver du temps…
Les témoignages d’étudiants recueillis par Michelle Bergadaà dans un site collaboratif consacré au plagiat électronique indiquent que, pour certains, le plagiat permet tout simplement de… gagner du temps… Comme le relate un d’entre eux, « nous sommes obligés de frauder un jour ou l’autre afin de respecter le temps dont on dispose ». Plagier, « c’est un peu comme si on avait un collaborateur que l’on ne paie pas, qui est efficace et en plus qui est rapide ! » et puis, « tout est sous la main, alors pourquoi se fatiguer? ».
Tout le monde le fait, alors…
Bon nombre d’étudiants se fient tous simplement au comportement de leurs pairs. S’il leur semble que ceux-ci plagient, ils vont en faire autant. Dans son témoignage, un étudiant rapportait que plagier lui permettait d’avoir de bonnes notes et que ça ne le dérangeait pas car, « en fin de compte, tout le monde le fait ».
Bergadaà et CEST-Jeunesse se demandent également si le comportement de certains enseignants en matière de citation des sources (ou de non-citation devrait-on dire) est exemplaire. Selon eux, ce qui est observé chez des étudiants pourrait traduire en partie ce que ces derniers observent autour d’eux.
Y’a pas de danger de se faire prendre…
Bon nombre d’étudiants plagiaires révèlent que, si les chances de se faire prendre étaient réelles, ils ne tricheraient plus. Ce qui les retiendrait, ce serait la possibilité d’une sanction et « plus forte elle serait, moins on se frotterait au plagiat ». D’ailleurs, est-ce paradoxal, en ce qui a trait aux sanctions potentielles, ils sont extrêmement sévères… Dans son témoignage, un étudiant indique que la seule solution qu’il entrevoit pour contrer la triche, ce serait… des sanctions monumentales, « essayer de leur faire super peur avec des sanctions de fou ».
Exemples de situation de plagiat. In Le plagiat. Dossier produit par Infosphère. www.bibliotheques.uqam.ca/recherche/plagiat/index.html [en ligne]. Page consultée le 29 novembre 2006.
Tremblay, L. Plagiat sur le Web – exemples. In Site Web du Réseau des répondantes et répondants TIC – section Pratiques mobilisatrices (24 avril 2006) www.reptic.qc.ca [en ligne].
Commission de l’éthique de la science et de la technologie – avis de la CEST-Jeunesse 2005. Le_plagiat_électronique_dans_les_travaux_scolaires – une pratique qui soulève des questions éthiques. Avis adopté le 14 juin 2005. www.ethique.gouv.qc.ca/index.php [en ligne].
Nicole Perreault
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